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samedi, 30 janvier 2016

Le «retour à l’Afrique» de l’armée française

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Les effectifs des forces françaises en Côte d’Ivoire passeront de 450 soldats à 650-700 en 2016, et le dispositif abidjanais sera renforcé en hélicoptères et avions de transport, a confirmé le ministre français de la Défense Jean-Yves le Drian lors de ses vœux à la presse le 20 janvier dernier.

Alain Montaufray | Ensemble! | 28 janvier 2016

La politique militaire de la France ne se comprend pas sans son versant «africain». De Gaulle, en fondant la 5° République, considérait que le rang de la France reposait sur deux piliers : sa place en Afrique, et l’arme atomique. Les institutions taillées en conséquence, et les politiques, ont perduré.
Après les indépendances, les présidents qui se sont succédé à l’Elysée ont conservé dans leurs prérogatives la gestion postcoloniale du « pré carré » africain, échappant au contrôle démocratique. L’armée française a joué un rôle essentiel dans cette continuité. En fait, elle n’a jamais quitté l’Afrique et elle y est intervenue 40 fois depuis 1961, assurant la protection des régimes qui défendaient les intérêts français et éliminant ceux qui voulaient s’en émanciper. Cette politique a connu une crise dans les années 90 : regain des mouvements démocratiques en Afrique, chute de l’apartheid, discrédit du soutien français au régime génocidaire au Rwanda, développement de nouvelles concurrences venant des pays émergents. Les discours officiels à Paris ont évolué : moins d’interventions unilatérales, plus d’«européanisation» ou d’«africanisation» dans la gestion des conflits. Une timide diminution des bases militaires françaises et des effectifs a commencé, crise économique oblige, accompagnée d’une redéfinition des missions dans le contexte de fin de la guerre froide. Le tour de Hollande arrivant, c’était dit, lui, président, allait «mettre fin à la Françafrique», «c’était à l’Afrique d’assurer elle-même sa sécurité». Promesses, comme tant d’autres, vite oubliées.
Deux interventions militaires plus tard, au Mali et au Centrafrique, endossant l’habit de «chef de guerre», Hollande réhabilitera l’interventionnisme français en Afrique. Face à la menace djihadiste au Mali, il y avait d’autres moyens (interposition de l’Onu, de l’Union Africaine, politique de coopération militaire et d’aide au développement) que d’utiliser la situation pour redéployer unilatéralement tout l’arsenal de l’armée française sur le continent. A cette occasion, l’état-major de l’armée française a su se rendre incontournable. Dans la foulée, une nouvelle stratégie a été redéfinie dans un nouveau «Livre blanc» de la Défense et une loi de programmation militaires votée fin 2013, réaffirmant l’Afrique comme «zone d’intérêt prioritaire de l’ouest de l’Afrique à l’océan Indien». Sous un nouvel habillage, le Livre blanc 2013 redonne justification, au nom de la défense des «intérêts économiques et stratégiques», à cette exception française : s’arroger le droit de quadriller militairement toute une partie d’un continent, et le droit de «s’engager en premier» sans attendre une action multilatérale.

Quadrillage

La France redéploie donc 10.000 soldats en permanence, retissant une toile qui recoupe la carte des anciennes colonies françaises sub-sahariennes. Au-delà des trois bases permanentes (Libreville, Dakar, Djibouti) et d’opérations ponctuelles (Tchad, Cote d’Ivoire), elle réinstalle durablement des troupes. Les réticences des dirigeants, Maliens et Nigériens notamment, opposés depuis les indépendances à une présence militaire étrangère permanente, ont été vaincues. Au Mali, mille hommes sont stabilisés, dont une base militaire permanente à Tessalit à la frontière algéro-malienne, et prive l’État malien de sa souveraineté sur le nord du pays. Au Niger, les forces spéciales sont déployées sur les deux mines d’uranium d’Areva, et une base de 300 militaires s’installe où sont déployés drones et avions de combat. Au Tchad, un millier d’hommes se réinstallent dans la vieille base de Faya-Largeau. Les forces spéciales du Cos (Commandement des Opérations Spéciales, force discrétionnaire commandée directement par l’Elysée et son chef d’état-major particulier) sont renforcées d’un millier d’hommes, présents dans une dizaine de pays. Les nouveaux accords de défense que la France tente d’imposer ne sont plus axés sur une « coopération » pour former les forces locales, mais sur l’insertion de détachements français dans les armées nationales, l’armée française se laissant le droit d’agir à sa guise avec sa «force de réaction rapide». Ce dispositif se met sur pieds avec une discrète collaboration avec l’armée américaine, et dénote un nouveau mode de domination ; Au lieu d’aider à consolider des États, on se sert des divisions claniques ou ethniques, ou des menaces djihadistes, pour pousser à des états «fédéraux» affaiblis et éclatés, qui abandonnent des prérogatives «nationales» ou «militaires» aux forces des grandes puissances. (1)
Ce regain d’interventionnisme militaire s’accompagne d’un discours sur la nécessité de partir en reconquête économique dans un continent où les intérêts français sont concurrencés par des pays émergents comme le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud. Plutôt qu’une politique de coopération d’égal à égal avec les pays africains, l’Etat français s’efforce de maintenir sa domination en redéployant son armée, « avantage concurrentiel » qui permet des retours sur investissements.

Une armée qui échappe à l’austérité.

Les gouvernements de Hollande ont accepté dans la loi de programmation toutes les demandes des chefs militaires : «sanctuariser» leur budget même en période d’austérité (en mai 2014, les chefs d’état-major des trois armées ont menacé de démissionner si le «pacte de responsabilité» leur appliquait des restrictions), protéger de poursuites judiciaires les militaires français engagés dans des interventions extérieures (et freiner les enquêtes sur l’action des militaires français lors du génocide au Rwanda). Cette politique a un coût : chaque année depuis dix ans, les «opérations extérieures» menées à l’étranger (Opex) s’élèvent à environ 1,2 milliard doublant ce qui leur est attribué dans le budget. La réduction des effectifs est désormais stoppée sous la présidence Hollande : après les attentats de janvier, puis de novembre 2015, le budget 2016 de la défense est rallongé de plus de 4 milliards pour la période 2016/2019. La réduction des effectifs prévue entre 2016 et 2019 est non seulement annulée, mais 2300 militaires supplémentaires sont recrutés pour 2016. Justifiée par l’opération «Sentinelle» de protection intérieure, elle l’est surtout par la volonté de ne pas dégarnir les effectifs des opérations extérieures qui progressent (13.000 hommes, dont 10.000 en Afrique). Bien sûr, le ministre du budget prévient que ces coûts supplémentaires supposent des économies ailleurs (collectivités, sécu et santé etc.).

L’alternative à l’interventionnisme de grande puissance

Cette politique militaire de la France en Afrique est rarement débattue et mise en cause, même dans certains secteurs de la gauche non-gouvernementale. Pour refonder une autre politique, il faudra repartir des principes de coopération, de respect des souverainetés, de maintien de la paix. Et ramener un corps expéditionnaire français qui s’éternise sans autre but politique que la préservation d’une domination néocoloniale. Le cadre des relations avec l’Afrique devrait être envisagé dans des politiques européennes de coopérations sociales et écologiques, dégagées des politiques militaires de grandes puissances. D’autres priorités peuvent être définies en terme de «sécurité collective» des peuples, en se dotant des moyens pour une politique de prévention des conflits, en cultivant un savoir-faire de «force d’interposition» et de négociation de solutions politiques, décidées par un cadre multinational et avec les Etats africains.

(1) Les analyses et données viennent ici essentiellement du dossier «Françafrique, la famille recomposée», éditions Syllepse 2014, réalisé sous la coordination de Raphaël Granvaud, par l’association Survie

source: Lidernews

10:10 Écrit par Lavane Murphy dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

France24/ Laurent Gbagbo devant la CPI : le procès de "la vérité" ? (partie 2)

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Laurent Gbagbo devant la CPI : le procès de "la vérité" ? (partie 2)
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FRANCE 24

Ajoutée le 29 janv. 2016

 

 

10:00 Écrit par Lavane Murphy dans Blog, Film | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

vendredi, 29 janvier 2016

L’Afrique se mobilise contre la « justice » néocoloniale

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Les procès du président ivoirien Laurent Gbagbo et de son ministre de la Jeunesse Charles Blé Goudé viennent de débuter à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, aux Pays-Bas.

Comme attendu, ces deux procès connaissent aujourd'hui une mobilisation sans précédent de la part des ressortissants ivoiriens et africains en général, aussi bien à La Haye devant cette même CPI, qu'à différents endroits d'Afrique et du monde.

 

En effet, il s'agit probablement d'une première dans l'histoire de la justice prétendument internationale. Jamais des « accusés » de ladite « justice » n'avaient mobilisé autant de monde en leur faveur. On peut bien sûr se rappeler de Slobodan Milosevic, président yougoslave dont l'arrestation et la détention avaient également mobilisé grand nombre de ses partisans en ex-Yougoslavie et au-delà: tous ceux et celles qui connaissaient et connaissent l'histoire véritable de cet Etat aujourd'hui disparu. Notamment feu Maître Jacques Vergès ayant défendu l'ex président yougoslave et qui connaissait les véritables criminels. La mort de Milosevic, dans des circonstances plus qu'obscures (certains parlent ouvertement d'assassinat) à la prison de Scheveningen, avait aussi révolté plus d'un. On peut également mentionner les autres détenus serbes accusés de « crimes contre l'humanité », alors qu'en parallèle les représentants non-serbes était peu ou pas du tout inquiétés, même ceux responsables des pires exactions possibles sur les civils, y compris viols, tortures, crimes de masse et trafic d'organes humains. « Clin d'œil » en passant à plusieurs hauts-responsables du Kosovo (ou une des plus grandes bases US du monde), grands amis des élites occidentales et occupant aujourd'hui des postes clés dans cette « république », berceau historique de la Serbie, à qui elle a été arrachée et sans aucun référendum. Une sortie illégale par ailleurs entièrement reconnue valide par les USA et leurs suiveurs ouest-européens.

 

 

Mais il y a quand même une grande différence: les époques. L'époque de la dislocation yougoslave et celle d'aujourd'hui sont clairement différentes. Dans le premier cas et en plus de la tragédie yougoslave, il y avait aussi eu l'éclatement de l'URSS, une Russie à genoux, un monde qui était devenu ouvertement unipolaire et des médias à un sens. Aujourd'hui? Un monde dont la multipolarité ne compte pas reculer, des voix alternatives à différents niveaux et notamment au niveau des médias et dont le besoin ne fait qu'augmenter chaque jour qui passe. C'est là toute la différence. La manipulation est devenue beaucoup plus difficile pour les élites de l'Occident, aussi bien au niveau politique que médiatique. C'est pourquoi dans les cas du président Gbagbo et du ministre Blé Goudé, ce n'est au final pas vraiment eux qui risquent d'être jugés, mais bien la CPI et avec elle tout le système de la justice dite internationale, voire tout le système de la politique occidentale.

 

 

Car il n'est aujourd'hui plus possible de mentir aussi facilement qu'avant sur le rôle de tel ou tel leader et sans avoir à en rendre des comptes. Grâce aux alternatives y compris dans l'espace médiatique, chaque personne censée est aujourd'hui capable de se faire sa propre analyse et sa propre opinion. Le cas de la Côte d'Ivoire en est le parfait exemple. Un leader africain instruit, partisan de la démocratie et du pluralisme politique depuis les bancs universitaires, arrivant au pouvoir à l'issue d'élections démocratiques longtemps absentes, réclamant le droit à son peuple de profiter plus de ses ressources (le pays étant de loin le premier producteur mondial des fèves de cacao pour ne citer qu'eux), n'arrangeant pas les appétits néocoloniaux, se faisant déloger par une puissance armée étrangère et extra-africaine. Et se faisant juger aujourd'hui loin de chez lui, de son pays et de son continent. Voilà un résumé qui caractérise cette assez récente histoire ivoirienne. Et sans même prendre fait et cause pour les leaders ivoiriens que sont Gbagbo et Blé Goudé, personne ne réussit jusqu'à maintenant à répondre ne serait-ce qu'à une seule question: de quel droit un président élu de son peuple se fait déloger par la voie armée et par une puissance étrangère n'ayant aucun mandat à cet effet? Aucune réponse si ce n'est celle de l'injustice criante. Plus généralement, le temps est venu pour que l'Occident comprenne (celui des élites, pas des peuples) une chose bien simple. La domination (économique, politique, armée et même mentale) arrive à sa fin. Les injustices à différents endroits du monde ont beau encore exister mais à un moment ou un autre, il faudra bien y répondre.

 

 

En passant, le forum des anciens présidents africains: Joaquim Chissano (ancien président du Mozambique), Nicephor Soglo (ex-président du Bénin), ainsi que l'ex-président sud-africain Thabo Mbeki (figure de lutte avec Nelson Mandela contre le régime raciste d'apartheid dans son pays), a lancé un appel à la communauté internationale et notamment la Procureur, Fatou Bensouda, pour la libération du président Gbagbo. S'ajoutent à cela des millions d'Africains, du continent et issus des diasporas, sans oublier les amis de l'Afrique qui réclament eux-aussi que justice soit faite, à savoir la libération pure et simple de personnes n'ayant rien à faire dans les geôles de la CPI. « Les procès de la honte », comme ils sont communément appelés aujourd'hui doivent être courts et réalistes. Les élites occidentales sauront-elles faire intelligemment marche arrière afin d'éviter (pour eux) des conséquences imprévisibles ou poursuivront-elles la ligne néocoloniale dure et radicale, on en saura plus bientôt. A suivre.

 

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.



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14:52 Écrit par Lavane Murphy dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg