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vendredi, 22 janvier 2016

Stéphanie Maupas : dans le procès de Gbagbo, « la théorie de l’accusation est très partielle »

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Journaliste indépendante basée à La Haye depuis 2002, Stéphanie Maupas a publié à la mi-janvier "Le Joker des puissants, le grand roman de la Cour pénale internationale", aux éditions Don Quichotte. À quelques jours de l'ouverture du procès de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, elle répond aux questions de Jeune Afrique.

Jeune Afrique : En quoi le procès de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, qui s’ouvre le 28 janvier devant la CPI, est-il si particulier ?

Stéphanie Maupas : D’abord parce que sur les trois chefs d’État déjà été poursuivis par la CPI, Laurent Gbagbo est le seul a avoir été livré à La Haye et a être maintenant jugé. On peut ensuite faire la comparaison avec d’autres procès de la justice internationale, comme celui de Charles Taylor et de Slobodan Milosevic. Dans celui du dirigeant de l’ex-Yougoslavie, il fallait pour le procureur prouver qu’il avait commis, planifié et ordonné des crimes en Bosnie et en Croatie. Pour Taylor, il fallait prouver la planification des crimes en Sierra Leone. C’était des affaires très compliquées. Milosevic cachait son soutien à l’armée bosno-serbe, aux milices. Pareil pour Charles Taylor et ses liens avec la rébellion. Là, on est dans le cas d’un chef d’État à la tête de l’armée et de la police de son pays. C’est quand même plus facile pour le procureur de démontrer la structure hiérarchique et donc sa responsabilité dans les crimes.

Mais pourtant, la partie n’a pas été facile pour la procureure, notamment quand en juin 2013 la Cour lui a demandé plus de preuves…

Oui, l’audience de confirmation des charges aurait dû être une formalité. La théorie de l’accusation est très partielle, son récit est bancal, mal articulé. C ‘est ce que les juges lui ont dit en 2013. On accuse un ancien chef d’État sur quatre mois de sa vie et sur ces quatre mois ont sélectionne quatre événements. Milosevic avait été accusé sur dix ans, trois guerres. C’est un procès qui permettait de brosser un procès complet du personnage, avec plus de 300 témoins, des chefs d’accusation très détaillés et précis qui couvrent à la fois sa responsabilité hiérarchique et le lien avec les événements. Or, ici, la procureure ne le fait pas.

Les juges demandent depuis le début de remonter à 2002 et d’intégrer l’autre camp dans son argumentaire. Or la procureure a fait le choix de séparer les deux camps

À La Haye, Bensouda a plutôt tendance à utiliser le témoignage des victimes. Mais qui conteste qu’il y a eu des morts dans la crise ivoirienne ? Personne et même pas Gbagbo. Toute la difficulté d’un tel procès est d’avoir des personnalités de l’intérieur, qui auront été témoins d’ordres donnés. Et en plus de réduire l’affaire à quatre, cinq mois, l’accusation n’a pas pris en compte la partie adverse. Les juges demandent depuis le début de remonter à 2002 et d’intégrer l’autre camp dans son argumentaire. Or la procureure a fait le choix de séparer les deux camps.

En quoi la jonction des dossiers Gbagbo et Blé Goudé a fait évoluer la procédure ?

La procureure part avec plus de preuves. Est-ce que Gbagbo et Blé Goudé vont, au cours du procès, mutuellement s’enfoncer en tentant de se sauver ? Vont-ils se dédouaner de leurs responsabilité réciproques ? C’est ce sur quoi tablent les procureurs.

On part sur un procès de trois, quatre ans

Quelles conséquences peut avoir ce procès sur la CPI ?

Tout dépend de son résultat. La Cour, comme la procureure, ont intérêt à ce qu’il y ait une condamnation. On part sur un procès de trois, quatre ans. Si cela aboutit à des acquittements, ou à des non-lieux à mi-parcours, ce serait un fiasco, sachant que Gbagbo est détenu depuis quatre ans, Blé Goudé depuis trois.

Dans le même temps, si les juges sont unanimes et que le dossier est complet, cela peut redonner à la CPI de sa crédibilité. Si le résultat est en demi-teinte, cela risque d’être contre-productif pour l’objectif qui est de rendre justice aux victimes.

16:44 Écrit par Lavane Murphy dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

BURKINA : IMMUNITÉ TOTALE pour les militaires français en mission, même s'ils tuent.

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L’accord que notre pays a signé avec la France sur le « détachement de militaires français au Burkina Faso pour la sécurité au Sahel » est une poudrière. Ce document de 8 pages signé le 9 janvier 2015 comportant pratiquement des parties injurieuses est explicite. Il montre une fois de plus jusqu’à quel point la colonisation continue. Ce document fait de notre pays, une « province » de la France.

Au nom de la « lutte contre le terrorisme » qu’elle-même n’arrive pas à faire jusque dans sa capitale, la France se pointe bel et bien au Burkina Faso au risque de traîner « ses terroristes » dans notre pays. Pire encore, cet accord donne des droits aux militaires français sur notre sol qu’ils n’ont pas sur le leur. Tenez, en son article 4, l’accord stipule que : « Pendant la durée de sa présence, le personnel militaire de la partie française bénéficie, à l’égard de la partie Burkinabè, des immunités et privilèges identiques à ceux accordés aux experts en mission par la convention sur les privilèges et immunités des Nations unies du 13 février 1946 ».

C’est injurieux pour un Etat indépendant, même pauvre. Un militaire français en mission au Burkina est donc un expert des Nations unies ? Est-ce qu’en signant cet accord le ministre délégué chargé de la Coopération régionale de l’époque, Moussa Nébié a pensé à ce que l’armée française à fait en Côte d’Ivoire ? A-t-il demandé à la partie française la raison pour laquelle elle souhaitait l’Immunité pour ses soldats ? Comprenez donc qu’il n’y aura jamais de jugement s’ils violent des femmes, des filles et mêmes des mineurs comme ça déjà été le cas. Même quand ils tuent un militaire ou un civile Burkinabè, il n’y aura rien. Immunité totale.

Voyons ensemble le contenu de l’article 12 : « Chaque partie renonce à tout recours qu’elle pourrait avoir contre l’autre partie, les forces, ou un membre du personnel de cette partie pour les dommages causés à ses biens ou à son personnel, y compris ceux ayant entraîné la mort, en raison d’actes ou de négligences dans l’exercice des fonctions officielles qui découlent du présent accord. Lorsque le tiers intente une action judiciaire, la partie burkinabè se substitue à la partie française devant les instances compétentes du Burkina Faso en vertu des immunités des Etats qui lui sont reconnus. En cas de condamnation définitive, les parties déterminent la répartition entre elle de la prise en charge… »

Voilà jusqu’où des responsables peuvent condamner leurs citoyens sous le couvert d’une convention suicidaire avec une armée française qui a déjà tué assez de civiles en Afrique notamment noire et violer des femmes et des enfants. Il est temps que les autorités actuelles trouvent les moyens de revoir cet accord pendant qu’il est temps, sinon même annulé l’accord. C’est également le devoir de veille de la société civile. Pour l’instant, la colonisation continue, le risque de dérapage est imminent ! Source : Afrique en lutte

Source : Afrique en lutte

12:52 Écrit par Lavane Murphy dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

Règlement diplomatique des affaires SORO et COMPAORE : ROCH KABORE dit encore NIET à DRAMANE Ouattara

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Ouattara- Kaboré, rien ne va plus. Selon une source diplomatique proche du dossier, le torchon brûlerait en ce moment entre les deux chefs d’Etats. Leurs divergences seraient totales concernant les deux mandats d’arrêts internationaux émis par le Burkina Faso contre l’ex-président Blaise Compaoré, réfugié à Abidjan, et le président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Soro.

Selon cette même source, le Président Roch Kaboré souhaite qu’on laisse la justice burkinabé faire son travail dans ces deux affaires. Pas question pour lui de règlement de ces affaires par voie diplomatique, car il s’agit de mort d’homme. Tout le contraire de que préconise le Président ivoirien Alassane Ouattara, un règlement diplomatique de ces affaires. Yayi Boni appelé en pompier

En effet, après l’échec de sa première tentative lors de l’investiture du Président Roch Marc Christian Kaboré (le tête-à-tête entre les deux hommes n’avait pas eu lieu), le chef de l’Etat ivoirien vient de remettre de couvert à la faveur de l’attaque jihadiste qui a frappé vendredi dernier, Ouagadougou et le Nord du burkina. Cette fois, le Président béninois Yayi Boni, a été appelé en renfort pour jouer les pompiers. Arrivé lundi à Ouagadougou pour officiellement apporter sa solidarité et sa compassion au peuple burkinabé, il a surtout mis à profit sa présence dans la capitale burkinabé pour évoquer les mandats contre Compaoré et Guillaume Soro, et appeler à un règlement diplomatique de ces deux affaires, à la demande de son homologue ivoirien.

Le Président burkinabé aurait poliment décliné l’offre, arguant en privé n’avoir pas de leçon à recevoir de la part d’un chef d’Etat passé maître dans l’art de juger ses opposants, voire de les extrader, soit en Côte d’Ivoire, soit à la Cour pénale internationale. Il préfère donc lui aussi qu’on laisse la justice burkinabé faire son travail comme en Côte d’Ivoire, et souhaite qu’on s’en tienne désormais à là. Ambiance. Le lendemain mardi, c’est un Yayi Boni qui atterri à Abidjan, où est chaleureusement accueilli par son homologue ivoirien. Officiellement, les deux hommes ont parlé de « une mutualisation des efforts communautaires » pour lutter contre le phénomène du terrorisme en Afrique de l’Ouest « qui est en train de faire tâche d’huile avec les dernières attaques » au Burkina.

12:47 Écrit par Lavane Murphy dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg