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vendredi, 30 octobre 2015

DRAMANE OUATTARA , PRÉSIDENT PAR UNE MAJORITÉ DÉRIVÉE DE LA MINORITÉ

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I-LE CONTEXTE DES ÉLECTIONS DE 2015

L’électorat de 2010 était de 5 725 721. Statistiquement parlant, à l’analyse des résultats consensuels du 1er tour des élections de 2010 des principaux candidats, la population électorale se répartit de la manière suivante :

GBAGBO Laurent : 38,4% soit 2 198 676 voix

OUATTARA Alassane : 32,07% soit 1 836 238 voix

BÉDIÉ Henry Konan : 25,24% soit 1 445 171 voix

Au 2ème tour, les résultats acceptés par tous les membres de la CEI pour les 14 régions sur les 19 que comptait la Côte d’Ivoire sont :

Laurent GBAGBO 53,87% soit 2 031 694 voix

Alassane OUATTARA 46,13% soit 1 739 945 voix

Les 14 régions constituent 82,95% de la population électorale tandis que les régions du nord font 17,05%.

Le résultat électronique du second tour hors fraude affichait les résultats suivants :

Laurent GBAGBO : 51,33%

Alassane OUATTARA : 48,67%

Ces chiffres allaient être certainement ceux qu’aurait trouvés la communauté internationale si elle avait accepté le recomptage des voix. BAN KI MOON avait jugé inacceptable un recomptage pour ne point causer une « INJUSTICE » à M.OUATTARA selon ses propres termes.

Il a donc certifié les résultats du QG de M.OUATTARA qui étaient les suivants :

Alassane OUATTARA : 54,10% soit 2 483 167 voix

Laurent GBAGBO : 45,90% soit 2 107 055 voix

Craignant donc que le pot aux roses ne soit mis à nu, le régime Ouattara a résolu de faire oublier la forfaiture de 2010 en résolvant la difficile équation de transformer une minorité réelle de 48,67% en 2010 en une majorité de 83,66% en 2015.

II-UN PEU DE MATHÉMATIQUES

Nous savons tous que 40/100 est égal à 40%. Si nous voulons passer de 40/100 à 80/100, nous avons le choix entre multiplier le chiffre du haut (le numérateur) par 2. Ainsi 40X2/100= 80/100 ou diviser le chiffre du bas (le dénominateur) par 2 soit 40/ (100 :2)= 40/50. Or 40/50=80/100=80%.

M.OUATTARA ayant obtenu autour de 2 200 000 voix en 2010, il suffisait soit de rallonger la liste électorale de 2 200 000 électeurs favorables à M. OUATTARA à travers des artifices d’audiences foraines et de nationalité par déclaration ou soit de réduire de moitié la population électorale en emprisonnant, en contraignant en exil ou en refusant toute concession à l’opposition pour provoquer l’abstention et passer donc de 40% à 80%.

Malheureusement pour M. OUATTARA, les 2 200 000 nouveaux Ivoiriens issus des audiences foraines et de la naturalisation par déclaration, ne se sont pas présentés pour s’inscrire sur la liste électorale 2015 à cause des changements politiques au Mali et au BURKINA. Devant servir de mercenaires électoraux pour les élections de 2015, la chute de leur parrain Blaise Compaoré et le non payement des primes de guerre ont découragé toute nouvelle aventure en Côte d’Ivoire au profit de M. OUATTARA.

Ainsi, les nouveaux inscrits sur la liste électorale ont été de 574 421 pour 2 200 000 attendus. Les nouveaux inscrits sont composés de 144 000 issus des audiences foraines et de 430 421 nouveaux majeurs. Le nombre total d’électeurs pour 2015 est donc de 6 300 142, à peu près identique à l’électorat de 2010 qui était de 5 725 721.

L’opération de multiplication par 2 des électeurs favorables à M. OUATTARA ayant échoué, cela l’a donc conduit au refus de toute concession à l’opposition pour provoquer l’abstention dans le but de diviser par 2 le nombre des votants afin d’obtenir la légitimité mécanique écrasante de 80%.

III-DERRIÈRE LES CHIFFRES DES ÉLECTIONS DE 2015 SE CACHENT UNE MAJORITÉ DERIVÉE D’UNE MINORITÉ.

On aura tout vu dans cette élection de 2015. L’éligibilité constitutionnelle a été remplacée par une éligibilité dérivée qui a permis la candidature de M.OUATTARA.

En se référant aux explications mathématiques ci-dessus, les résultats des élections de 2015 nous permettent de voir comment une majorité peut être dérivée d’une minorité.

Sur 6 300 142 seuls 54.63% (chiffre officiel) se sont rendus aux urnes. Derrière ce chiffre qui est fait pour rassurer l’opinion internationale et leur permettre de justifier leur soutien sans faille à M.OUATTARA, se cache une illégitimité qui reste problématique. Sachant que l’Occident préfère des Présidents illégitimes qui lui sont redevables et qui ont recours à son soutien militaire et judiciaire pour régner, le nouveau contexte démocratique les oblige à fabriquer une majorité acceptable par l’opinion publique occidentale afin de justifier les accords de coopération lourdement payés sous forme de matières premières et de marchés publics. Le cas de la Côte d’Ivoire est donc un cas de laboratoire dans cette nouvelle stratégie de l’Occident en Afrique.

En accordant le bénéfice du doute à la CEI (Commission Électorale Indépendante), ce taux de participation ne sauve pas la légitimité du régime OUATTARA mais dévoile plutôt le mécanisme de fabrication d’une majorité à partir d’une minorité. Cette majorité dérivée de la minorité constitue précisément une bombe à retardement qui justifiera la suspension ou l’annulation de l’embargo sur les armes et l’application des nouveaux accords de coopération militaire. Ce qui favorisera les bonnes affaires pour les marchands d’armes français, seuls secteurs où la France détient le monopole en Côte d’Ivoire grâce au renouvellement des accords de coopération militaire face à la compétitivité des produits chinois dans les autres secteurs.

Première surprise de taille que révèle les résultats de 2015 : En 2010, pour justifier son score de 54% qu’il s’est octroyé, le nombre d’électeurs supposé avoir voté en sa faveur était voisin de 2 500 000 contre 2 618 000 en 2015, soit une différence de 118 000 voix. Le nombre de votants en faveur de M.OUATTARA est donc resté constant entre 2010 et 2015 malgré les ponts, les distributions de billets de banque, le monopole des médias publics pour louer le génie du « Warri fatchè » et le taux de croissance à deux chiffres. Même les 144 000 nouveaux Ivoiriens par déclaration inscrits sur la liste électorale n’ont pas voulu accorder la totalité de leur suffrage à leur « bienfaiteur ». Comment avec le même nombre de voix supposé avoir eu en 2010, M.OUATTARA passe de 54% à 84% ? C’est là qu’intervient la science juridico-Mathématique inventée par les savants du RDR : Il suffit tout simplement d’appliquer la justice des vainqueurs à la moitié de l’électorat pour les contraindre à l’abstention.

En divisant par deux les électeurs par la justice des vainqueurs, M.OUATTARA passe mécaniquement du taux réel de 48.67% en 2010 à 83,66% en 2015. Il dérive ainsi une majorité d’une minorité sans un accroissement significatif de nouveaux votants en sa faveur. Le droit des vainqueurs vient encore au secours des mathématiques : La contrainte à l’abstention de la moitié de l’électorat par l’emprisonnement, l’absence de dialogue, l’étouffement des libertés démocratiques, les menaces, la violence, l’exil et le gel de leurs avoirs, permet donc de transformer une minorité en une majorité.

Toutefois, ces chiffres montrent que la réalité aurait été différente si le candidat sortant OUATTARA avait affronté son principal adversaire Laurent GBAGBO ou si les conditions avaient été créées pour une participation effective de l’opposition dans son ensemble.

M.OUATTARA est donc bel et bien Président par dérivation d’une minorité en une majorité et non par son bilan qui n’a pas insufflé un accroissement du nombre de ses votants. La répartition de l’électorat est restée stable de 2010 à 2015.

IV-OUATTARA ROI DU « DÉSERT » IVOIRIEN

L’examen des résultats de 2015 montre que M. OUATTARA reste le Roi du Nord avec un taux de participation variant de 80% à 97% correspondant aux résultats de M.OUATTARA dans le Nord. Cette région, malheureusement ne représente que 17.05% de l’électorat.

V-BÉDIÉ ROI DE LA « SAVANE »

L’appel de Daoukro a eu un écho plus ou moins favorable dans la savane qui forme le V-Baoulé où le taux de participation varie de 50% à 60%. Au vu du score du principal challenger AFFI N’GUESSAN voisin de 5% dans le V-Baoulé, nous pouvons conclure que BÉDIÉ reste le ROI de la savane et la principale béquille de M.OUATTARA.

Cette zone représente 11.5% de l’électorat mais la population de cette zone est majoritairement dans les forêts de l’Ouest. Souvent en phase électorale avec sa région d’origine cet électorat constitue une composante essentielle des voix du PDCI donc du RHDP à l’Ouest.

VI- AFFI LION DU MORONOU ET LIONCEAU ORPHELIN DE LA FORÊT

Premier maire FPI au lendemain du multipartisme dans le Moronou, AFFI N’GUESSAN confirme son implantation et son leadership dans le Moronou avec 54.06% contre la double adversité de M.BEDIE et de M.OUATTARA dans l’ancienne boucle du cacao en zone forestière. Il fait une percée dans les autres zones forestières de l’Est : le Gontougouo (Bondoukou) avec 15%, l’Indénié-Djuablin(18%), le Sud Comoé (18%), dans l’Agnéby-Tiassa(27%), la ME (39%). Dans les forêts de l’Ouest et du Sud il tourne entre 3% et 11% avec un taux d’abstention au-dessus de 50% dans la zone en l’absence du soutien du « lion ».

La zone forestière représente 71% de l’électorat et a été majoritairement abstentionniste à plus de 50%.

VII-CONCLUSION ET PERSPECTIVE

« Warri fatchè », victime de sa politique de rattrapage, n’a pas pu augmenter ses suiveurs malgré les ponts et les taux de croissance à deux chiffres. Il s’est enfermé dans sa bulle d’ancien DG du FMI réduisant le désir des ivoiriens à du béton, du bitume et des chiffres.

Il est trop facile d’emprisonner ses opposants, de geler leurs avoirs, de les expédier en exil et de limiter leur liberté d’expression pour s’autoproclamer élu à 83% !

La fracture entre le Nord et le Sud représente donc une bombe à retardement dans la mesure où les vainqueurs fondent leur victoire sur un désert humain ayant voté et une forêt humaine abstentionniste.

Si aucune mesure sérieuse n’est prise dans le sens de la réconciliation pour permettre la participation effective de l’opposition au jeu démocratique lors des consultations législatives, la Côte d’Ivoire court vers une catastrophe prévisible mais malheureusement le marché des armes a besoin de débouchés et les gouvernements illégitimes qui portent en leur sein une crise potentielle certaine sont un bon fertilisants pour le marché des marchands d’armes. Il n’y aura aucune surprise si l’embargo sur les armes est levé.

Toutefois, le pouvoir par dérivation est pris entre le marteau et l’enclume car la libération des cadres de l’opposition et le dégel des avoirs pour une réconciliation vraie risquent de lui faire perdre la majorité parlementaire et donc le gouvernement. La persistance dans la justice des vainqueurs et l’asphyxie financière de l’opposition risquent de radicaliser l’opposition et donc de plonger la Côte d’Ivoire dans une révolution dont il est difficile de prévoir l’issue ou dans une catastrophe humanitaire à la moindre crise financière ou sociale à la grande joie des marchands d’armes.

La clé de l’avenir de la Côte d’Ivoire est donc entre les mains du pouvoir par dérivation, à lui de savoir la tourner dans le bon sens.

Quant à l’opposition, elle a une gauche à reconstruire en combattant le sectarisme face aux forces de droite coalisées. C’est une course de fond et non une course de vitesse qui a besoin du temps et donc d’un bilan et du renforcement de l’avant garde par des énergies intellectuelles et physiques jeunes.

La conquête de la souveraineté dans sa dimension politique, syndicale, patronale ou mutualiste et coopérative est un devoir de la gauche. La souveraineté est une conquête permanente de l’individu sur lui-même et de la société sur elle-même. Le sectarisme et l’irrationalité n’ont pas leur place dans une dynamique victorieuse.

La souveraineté appartient au peuple. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice. « Constitution ivoirienne de 2000, Titre II, article 31 ».

Dr DONMELLO Ahoua

11:50 Écrit par Lavane Murphy dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

Côte d'Ivoire: Leslie Varenne "Alassane Dramane Ouattara a violé, non seulement les lois du code électoral, mais aussi celles de l’arithmétique "

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Après le coup d’Etat manqué du 16 septembre au Burkina Faso – dont il est encore impossible de mesurer les conséquences notamment en ce qui concerne l’implication de plusieurs pays étrangers dans cette affaire-, l’Afrique de l’Ouest vient de réaliser deux magistraux coups d’Etat électoraux. Le premier s’est déroulé le 11 octobre en Guinée Conakry, avec un passage en force d’Alpha Condé, élu en bourrant les urnes et en s’octroyant 60% des voix dès le premier tour. Le second vient d’avoir lieu en Côte d’Ivoire où Alassane Dramane Ouattara a violé, non seulement les lois du code électoral, mais aussi celles de l’arithmétique !

Le scénario d’une victoire écrasante du président sortant et d’un scrutin à un seul tour était prévu depuis fort longtemps. En février dernier, un spécialiste de l’Afrique de l’Ouest confiait déjà à IVERIS : « la seule crainte du pouvoir est le taux de participation. » Ces inquiétudes étaient fondées et se sont révélées plus désastreuses que ce que le Président sortant et son camp n’avaient anticipé : les Ivoiriens se sont abstenus massivement. C’est ce qui explique l’interminable attente des résultats finaux et surtout du taux réel de participation. Finalement, la Commission électorale indépendante a annoncé qu’il y avait eu 54,63 % de votants. Un chiffre contesté par l’opposition qui, elle, avance un nombre compris entre 15 et 18%. Pourtant ce taux n’aurait dû être l’objet ni d’une polémique, ni d’une attente prolongée, puisque le National Democratic Institute, (NDI), un organisme américain, financé par la NED, était présent en Côte d’Ivoire. En effet, grâce à son système PVT , le NDI a les moyens d’obtenir des données fiables transmises dès la fin du scrutin. L’ex Premier ministre, Charles Konan Banny, a demandé : « instamment au NDI de transmettre le taux de participation ». Il attend toujours. L’ambassadeur américain, Terence McCulley, et la sous-secrétaire d’Etat aux Affaires africaines, Bissa Williams, n’ont pas attendu, eux, les résultats du scrutin pour donner une conférence de presse dès le lundi 26. Ils ont tous deux félicité les Ivoiriens pour cette élection : « crédible, transparente et inclusive ». Alassane Ouattara fait donc mieux que son homologue Alpha Condé et obtient un score à la soviétique : 83,66% ! Petite cerise sur le gâteau, les trois candidats indépendants, Charles Konan Banny, Essy Amara ancien ministre des Affaires étrangères et ancien président du Conseil de sécurité et Mamadou Koulibaly, ancien président de l’Assemblée nationale , qui s’étaient désistés avant le scrutin pour dénoncer l’escroquerie électorale qui s’annonçait, ont été comptabilisés dans le vote ! Bien entendu, ils obtiennent des miettes ; bien entendu, c’est illégal, mais puisque le scrutin a été déclaré crédible, transparent et inclusif …

L’Afrique francophone est malheureusement habituée à ce genre de mascarades électorales : en avril dernier, Faure Gnassimbé, qui se représentait pour la troisième fois consécutive à la tête du Togo, a, lui aussi, été élu dès le premier tour avec 55% des voix. En réalité son opposant Jean-Pierre Fabre avait obtenu 60% des suffrages et le président sortant 35%. Mais l’ONU a immédiatement validé la victoire de Faure Gnassimbé…

Quelle légitimité ?

Le taux de participation en Côte d’Ivoire était un point crucial, pas seulement parce que l’opposition fidèle à l’ancien président Laurent Gbagbo avait appelé au boycott des urnes, mais parce qu’Alassane Dramane Ouattara était arrivé au pouvoir par les armes après une élection déjà contestée. Cette élection devait donc lui apporter une vraie légitimité afin d’en finir avec « le président reconnu par la communauté internationale[i] ». Avec la manipulation des chiffres, il n’obtient qu’une légitimité de façade. Personne n’est dupe, ni les Ivoiriens, ni les chancelleries qui connaissent les vrais chiffres. Mais surtout, ces coups d’Etats électoraux, à Abidjan comme ailleurs, ne règlent aucun des problèmes qui se posent à ces Etats : pauvreté, chômage, corruption, réconciliation nationale. Bien au contraire, ils accentuent les frustrations, le ressentiment, les divisions et laissent ces pays assis sur des poudrières. L’Afrique de l’Ouest n’est pas sortie de l’œil du cyclone…

[i] « Le Président reconnu par la communauté internationale » était l’appellation consacrée par la presse étrangère pour différencier les deux présidents Laurent Gbagbo et Alassane Dramane  Ouattara lors de la crise électorale de 2010. Le Premier avait été reconnu par le Conseil constitutionnel ivoirien, le second par la communauté internationale.

 

Leslie Varenne | Institut de Veille et d’Etude des Relations Internationales et Stratégiques (IVERIS)

09:55 Écrit par Lavane Murphy dans Blog | Lien permanent | Commentaires (15) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

Propagande pro-Ouattara : les mensonges de Christian Bouquet, « spécialiste » français de la Côte d’Ivoire

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Tous au front ! Les relais français dans le monde du journalisme et de la recherche sont plus que jamais au travail, au lendemain de sa victoire électorale sans péril (donc de son triomphe sans gloire) de dimanche dernier. Et le moins qu’on puisse dire est que la version française du magazine en ligne The Conversation (qui mêle parole universitaire et écrits journalistiques) est un de leurs quartiers généraux. C’est dans cet organe de presse que pontifie désormais Thomas Hofnung, ancien « spécialiste » Afrique de Libération, dont l’ancien journal reprenait le 28 octobre un article truffé de chiffres erronéssurévaluant par exemple la force du PDCI d’Henri Konan Bédié tout en minorant l’emprise de Laurent Gbagbo sur l’opinion ivoirienne en 2010.

Le lendemain, c’est Le Monde qui reprenait une tribune initialement publiée dans The Conversation. Son auteur ? Christian Bouquet, un propagandiste pro-Ouattara bien camouflé derrière sa toge de géographe et de « professeur émérite ». Dans une sorte de démonstration de transparence, The Conversation écrit à son propos : « Christian Bouquet ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre appartenance que son poste universitaire. » Bien. Peut-être fallait-il préciser qu’il a été décoré en janvier 2012 par Alassane Ouattara à l’ambassade de Côte d’Ivoire à Paris, ce qui est pour le moins un signe d’affinité ou de reconnaissance. Bref.

La tribune de Christian Bouquet donne au lecteur pas très vigilant une impression de « juste milieu ». Il semble mettre dos à dos les anti-Ouattara qui parlent de « score soviétique » et les pro-Ouattara qui parlent de « victoire écrasante ». Il s’agit là de « chiffres en trompe l’œil », annonce-t-il en titre. La participation a été modérée, affirme-t-il. Mais c’est pour mieux faire entendre sa petite musique lancinante. Elle nous susurre que :

  • Toute évocation d’une quelconque fraude électorale n’est pas « acceptable ». Le score de Ouattara et le taux de participation sont inattaquables.
  • Puisque ce score et ce taux de participation sont inattaquables et que le nombre de votants que Ouattara aurait mobilisés est supérieur à ce que la Commission électorale qu’il contrôlait déjà en 2010 lui avait octroyé (et à ce qu’elle avait octroyé à Gbagbo), cela signifie qu’il est structurellement majoritaire hier et aujourd’hui. « Cela devrait à la fois solder le contentieux arithmétique entre les deux camps, et surtout conforter le vainqueur du jour dans l’idée que sa cause, son bilan et son programme bénéficient d’une approbation qui ne s’est pas démentie après cinq années de mandat ». C’est beau un homme qui sait cirer les pompes d’un autre en toute élégance !
  • Les opposants qui ont boycotté le scrutin parce qu’ils dénonçaient une mascarade électorale tentaient « de justifier leur échec annoncé. » En gros, les conditions d’organisation du scrutin étaient acceptables, et quiconque prétend le contraire est de mauvaise foi.

Au secours de sa démonstration qui est comme on l’a vu bien plus partisane qu’elle ne veut se montrer, Christian Bouquet laisse échapper quelques mensonges et omissions. Il écrit par exemple :

« Il n’est pas non plus acceptable d’ajouter, pour achever de déprécier l’évènement, que l’élection était truquée, car elle était surveillée et contrôlée de très près par plusieurs plateformes d’observation de la société civile, ainsi que par une forme de vérification citoyenne exercée à l’aide des téléphones portables. Celles-ci ont fait remonter par SMS les résultats des 19 849 bureaux de vote tels que chaque électeur avait pu en prendre connaissance en assistant au dépouillement et au comptage. Au final, la CEI (Commission électorale indépendante) a publié des résultats qui correspondaient, à la virgule près, aux remontées parallèles enregistrées ici et là. »

En réalité, le système de « vérification citoyenne » (il y a beaucoup à dire à ce sujet…) dont il parle ne concerne pas, loin de là, les 19 849 bureaux de vote de Côte d’Ivoire. La Plateforme d’Observation (POECI) à laquelle il fait allusion ne « monitorait » que 755 bureaux de vote (soit 3,8% de l’ensemble), selon son site Internet.  Selon le quotidien Libération, la POECI a mobilisé 755 observateurs effectivement présents dans 175 bureaux de votes (soit moins de 1% de l’ensemble). Christian Bouquet est seul à avoir vu des observateurs dans chacun des bureaux de vote. Soit c’est du mensonge, soit c’est de la mythomanie !

De plus, les « remontées parallèles » (très incomplètes, comme on l’a vu) de la société civile ne correspondaient pas, « à la virgule près », aux résultats de la CEI. Les remontées en question évoquaient, sur la base d’un échantillon très étroit, un taux de participation de 53,05%. Avant que ce taux ne sorte du « chapeau » de la POECI, le premier vice-président de la Commission électorale, Sourou Koné (représentant Ouattara himself) avait évoqué un taux de participation « autour de 60% », à affiner. Puis l’institution a rétropédalé, désavoué Koné et proclamé un taux de participation de 54,63%… puis de 52,86%. L’hypothèse la plus probable est que la CEI s’est débrouillée pour faire sortir de sa « marmite électorale » des chiffres se rapprochant de ce qui avait déjà été posé comme pourcentage acceptable par une société civile qui, il faut le dire, est dépendante financièrement de l’USAID, organisme gouvernemental américain et du NDI, ONG proche du Parti démocrate américain.

Christian Bouquet poursuit :

« Le PDCI est resté uni, et même fidèle en alliance puisque ses voix se sont – apparemment – aussi massivement reportées sur Ouattara qu’en 2010 ».

A quoi sert donc ce « apparemment » ? A se laisser une marge pour rétropédaler… en cas de cas. En effet, si l’on compare les scores attribués par la CEI à Ouattara au second tour 2010 et au premier et unique tour 2015, dans le « V » baoulé, fief de référence du PDCI, l’on se rend compte de la supercherie du « professeur émérite ». Au second tour, nous disait la CEI en 2010, Ouattara avait obtenu 71 446 voix à Yamoussoukro. Et en 2015, 37693. A Bouaké, ses 136 943 voix supposées de 2010 ont fait place à 102 077 voix. A Daoukro, fief de Bédié, le nombre d’inscrits passe de 47 805 personnes à 52 715. Mais les voix qui vont à Ouattara passent de 29 160 (60,99% des inscrits) à 25 480 (48,33%). Certes, dans certains départements comme Didiévi, dont est originaire un des directeurs de campagne de Ouattara, les scores officiels s’améliorent. Mais globalement, on note une désaffection de la partie de l’électorat PDCI qui ne s’habitue pas au fameux Rassemblement des houphouétistes (RHDP). Christian Bouquet ment donc. Ou se trompe.

Source: mondafrique.

09:37 Écrit par Lavane Murphy dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg