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samedi, 05 septembre 2015

Côte d’Ivoire / série crimes impunis Bloléquin: Les cas du vieillard Déhé Victor et de son fils Déhé Todé

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Recit conté par DEHE Lékpahi Félix, 2ème fils du Vieux DEHE Victor, sur témoignage de sa fille aînée, Mme DJEA, née DEHE Nonahin Henriette.

L’ouest a payé le plus lourd tribut des deux crises politico-militaires de 2002 et ensuite de 2011. Des tueries, des pillages et des confiscations des patrimoines forestiers des autochtones. En tout état de cause, le commun du mortel retient singulièrement une histoire beaucoup triste de la deuxième guerre de 2010-2011: de considérables actes horribles et impitoyables ont été posés dans cette zone de la Côte d’Ivoire.

Entre autres de ces milliers de cas commis, révélons ici les assassinats des plus atroces de deux ivoiriens innocents, des inconditionnels défenseurs de la paix pour une cohésion sociale durable: le vieillard DEHE Victor et son fils DEHE Todé Julien, tous deux tués en même temps dans leur cour familiale à ZEAGLO, dans le Département de BLOLEQUIN le 1 avril 2011.

En effet, le vieux DEHE Victor, handicapé par des yeux atteints de cataracte, ne pouvait pas fuir le village pour aller trouver refuge en brousse face aux hostilités; condamné par cette incapacité donc, il a choisi alors de rester sur place chez lui à la maison. Il comptait être épargné de la tuerie des combattants. Désolation jusqu’au comble. Agé de 81 ans, il avait même des peines à faire une longue distance. Il se déplaçait à l’aide d’une canne. Ce fut ainsi que d’autres parents l’ont laissé dans les griffes d’une mort barbare.
Son fils DEHE Todé Julien, un adulte de 51 ans et père de 5 enfants, a décidé de rester auprès de son vieux père. « Je ne peux pas abandonner mon père aveugle. Si je le fais, c’est que je ne suis pas un fils digne. Si les gens viennent nous trouver, je leur dirai que nous ne sommes pas des belligérants. Nous n’avons rien comme arme, nous sommes pour la paix. Mon père, si vieillard ne peut pas marcher, comprenez-moi, je reste. Dieu va nous protéger. » A-t-il dit aux parents qui lui demandaient de fuir comme eux en laissant son géniteur.

Se nourrissant d’espoir, DEHE Todé Julien et son père DEHE Victor sont restés au village où ils ont été malheureusement exterminés par des combattants.
DEROULEMENT DE LA TRAGEDIE

Du 1er au 4 avril 2011, ZEAGLO, gros village cosmopolite dans le département de BLOLEQUIN, est envahi par des soldats. Les personnes valides rentrèrent en brousse dans des campements plus retirés afin d’échapper au feu des armes légères et lourdes. Le vieux DEHE Victor et son fils sont restés dans la cour; les combattants y pénétrèrent et attrapèrent DEHE Todé qu’ils abattirent à coups de machette. Après l’avoir égorgé, ils lui ont arraché le poignet droit qu’ils ont emporté. Quant au vieillard, innocent et inoffensif comme un bébé, il a pris plusieurs balles dans la poitrine et sur la jambe gauche. Le pauvre vieux succomba à deux mètres du cadavre de son fils baigné dans une marre de sang.
Après avoir tué, le père et son fils, les combattants ont pillé les deux maisons: garde-robes, ustensiles de cuisines, les meubles, la literie, objets d’art, les figurines et accessoires des masques que gardait le vieux. Ils ont tout emporté. Mais avant de partir, ils ont mis feu au salon de la grande maison familiale.
Quatre jours plus tard, les soldats qui ont pris le village ZEAGLO, rentrèrent en brousse pour demander aux populations survécues de revenir. Les tout premiers sortis, furent les cousins, les neveux et la fille aînée du vieux DEHE Victor, DEHE Nonahin Henriette accompagnée de son époux, DJEA Emile. Surprise abominable, insupportable de voir sous un soleil de plomb; ils découvrirent les deux dépouilles presque décomposées. Le vieux a la poitrine déchiquetée avec une jambe brisée et son pauvre fils DEHE Todé Julien, égorgée, le cou presque détaché de la tête, laquelle portait plusieurs fentes profondes avec la main droite sans poignet.
Les parents arrivés sur les lieux, étaient interdits de pleurer à haute voix. « Gare à celui qui va pleurer, nous allons aussi le tuer » menacèrent les combattants. Les armes au poing, ils ont contraint les vivants à enterrer les cadavres devant eux entre les deux domiciles des assassinés. La grande sœur Henriette toute en pleurs, ouvrit ses bagages et y retira un Kita pour emballer son père et un gros pagne adingra pour son petit frère. Un combattant, très excité, lui arracha le reste de ses effets en l’engueulant en anglais.

QUI ETAIENT CES VICTIMES DE GUERRE ?

1. DEHE VICTOR ALIAS PINHOU VICTOR

Marié à 2 femmes, dont la première décéda en 2002, DEHE Victor est né vers mil neuf cent trente. Père de 5 dont un enseignant du secondaire, l’homme assassiné sans motif, fut un grand planteur de café. Vu l’âge avancé à un moment donné, il embrassa la profession commerciale: d’abord achat de café/cacao et ensuite vente de la cola à Bouaké et au Mali. Militant de première heure du PDCI -RDA, il fut président du Comité de base dans la section de Goulégui (quartier de ZEAGLO) pendant des décennies avant de passer le flambeau à un plus jeune. Devenu patriarche, il a été désigné par tous les vieux du canton comme chef de terre et président du collège des notables pour le règlement de litiges. C’est lui qui faisait toutes les libations. Pendant la première crise, sa sagesse et sa détermination à l’entente ont donné lieu à la paix entre les belligérants. « Le fondateur de ce pays a toujours prôné la paix ». Avait-il conseillé aux rebelles avant d’organiser un grand repas à leur honneur; Dans le département, feu DEHE Victor était un inconditionnel adepte de la paix, un don de soi généreux et humble. C’est une bibliothèque riche anéantie gratuitement par la bêtise humaine.

2. DEHE TODE JULIEN

Sa femme décédée après un accouchement difficile, il est resté veuf de 5 enfants jusqu’au jour fatal du 1 avril 2011. DEHE Todé était un planteur de cacao et de banane plantain. Le revenu de ses produits lui permettait de scolariser ses progénitures dont 2 filles au secondaire et les 2 plus jeunes à l’école primaire. Il s’intéressait moins à la politique, car il s’investissait plus dans ses plantations en vue d’assurer l’avenir de ses enfants; mais au moment des consultations électorales, il soutenait les candidats de son grand frère DEHE Lékpahi, membre du Grand Conseil du PDCI-RDA. Cet adulte de 51 ans, était épris de paix et refusait l’adversité comme son père qui a eu le même destin de cruauté avec lui ensemble.
Aujourd’hui, DEHE Todé a laissé derrière lui 5 orphelins dont 4 à la charge de son grand DEHE Lékpahi Félix. Son fils aîné DEHE Valère, ayant fui la guerre, a eu l’âge trop avancé pour pouvoir retourner sur les bancs. Il poursuit le travail de planteur de cacao de son feu père et parallèlement pratique quelques petits commerces afin d’aider leur oncle pour les besoins de ses frères et sœurs.

Conclusion

Que faire de cette veuve de papa DEHE Victor et de tous ces orphelins ? Le mal est tellement profond que les douleurs et autres souffrances rongent les cœurs et les esprits endeuillés.
Les deux tombes sont bâties dans la cour familiale. La famille DEHE, ayant tout perdu, est meurtrie ; elle pardonne, mais difficile d’oublier, car elle n’a plus de repères.
Que papa DEHE Victor et son digne fils DEHE Todé Julien, emportés ensemble par une mort brutale, stupide et fortuite, bénéficient de la miséricorde infinie du « GNONSOA », Dieu Le Tout-puissant. Que leurs âmes reposent en paix avec la bienveillance des ancêtres!
Un grand merci sincère à toutes les bonnes volontés attentives à ce cri de cœur.
Que la paix règne sur la Côte d’Ivoire.

Par DEHE Lékpahi Félix, 2ème fils du Vieux DEHE Victor,
sur témoignage de sa fille aînée, Mme DJEA, née DEHE Nonahin Henriette. Cel 07 99 88 57

12:14 Écrit par Lavane Murphy dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

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