topblog Ivoire blogs

jeudi, 26 mars 2015

Lettre à mon Ami et compagnon Charles: Plus de 24 mois déjà sans les tiens

 

Charles, tu es certes absent et physiquement loin de nous mais toutes nos pensées convergent vers toi

 

| Lettre ouverte | Contribution-24/03/2015


Charles, depuis plus de 2 ans tu es si loin de nous, loin des tiens, privé de liberté. Plus de 14 mois durant, après la triste date du 17 Janvier 2013 où tu as été enlevé au Ghana, tu as côtoyé la mort dans le sous-sol de la république. Nos supplications, nos interpellations, n’ont point eu raison des autorités de ton pays, tellement elles étaient sous domination de la haine et de l’orgueil. Le moins qu’on puisse dire, en te déportant loin de la terre d’Eburnie, loin de KPÔGROBRE, ta terre natale et de TAKOA (ton village maternel), dans la sous-préfecture de GUIBEROUA, le pouvoir Ouattara a fait le choix de se débarrasser d’un adversaire politique qu’il redoute. Tout simplement parce que tu as fait le choix de l’Honneur, de la Responsabilité et de la Dignité, tu te retrouvas un matin du samedi 23 Mars 2014 dans le froid glacial de La Haye aux environs de 2 Heures du matin, laissant derrière toi la chaleur tropicale qui a bercé ta tendre enfance. 

Malheureusement Charles, face à chacune de ces épreuves auxquelles tu as été confronté, le soutien dont tu étais légitimement en droit d’attendre de tes partenaires n’a pas toujours été au rendez-vous. Bien plus, ce sont des accusations de trahisons et de supposés deals dont tu étais l’objet. Tes accusateurs insatiables ne se lassaient jamais de te jeter de nouvelles pierres accusatrices chaque fois que le temps leur portait un démenti cinglant. Je me souviens encore de ce débat que j’ai eu avec mes codétenus lors de ma dernière détention à la Direction de la Surveillance du Territoire (DST), au sujet particulièrement de ta soi-disant "résidence protégée d’Abidjan". Heureusement, le lendemain de nos discussions, c’était un dimanche matin, j’entendis une voix crier mon petit nom que tu m’avais affectueusement donné. J’entendis disais-je : « Dr. Lékélé ! Dr. Lékélé ! » Soudain, d’un regard réflexe, j’aperçus ton visage perdu dans une barbe impressionnante, derrière les grilles du portail non moins impressionnant du lieu où nous étions sans le savoir détenus l’un et l’autre. C’est ce jour-là que tous ceux avec qui nous étions dans le fer carcéral comprirent que tu étais en réalité une grosse victime tant de tes adversaires politiques que de certains de tes propres partenaires et compagnons de lutte qui sciemment distillaient ces rumeurs assassines. 

Je sais que c’est ce manque de solidarité qui constitue ta véritable souffrance, ta véritable prison, la prison dont tu souffres le plus du fond de ta cellule de schweningen. Car ta loyauté et ta fidélité n’ont en réalité jamais fait défaut. Tu as souvent été incompris du fait de ta capacité de réflexions rapides et juste ainsi que ton esprit d’anticipation sur les événements qui par ailleurs ont fait de toi un adversaire politique à abattre. 

Lorsque tu agis avec ton cœur, avec ta bonne foi, avec humanité ou humanisme et surtout quand tu le fais la conscience libérée et tranquille, saches que toutes les réactions de condamnation, de désapprobation ou de mépris resteront vaines et sans effet nuisible. C’est pourquoi, tu ne dois jamais attendre que l’on te serve en retour de tes bonnes œuvres, de ta fidélité et de ta sincérité de la reconnaissance ou qu'on vienne vers toi avec des roses ou des rameaux d'olivier et que sais-je encore ! Ton seul et véritable partenaire, ton véritable avocat est le temps. Pour te paraphraser, je dirais qu’ils portent la montre mais ne maîtrisent pas le temps et ses signes. Ils courent ainsi le risque de ne pas arriver à temps au rendez-vous du peuple. Garde donc jalousement cette longueur d’avance. Pour cela tu dois savoir tirer le maximum de leçons et de forces de ta propre histoire, à commencer par les circonstances de ta naissance et de ton enfance. Charles, face à toutes ces situations, ne perds jamais de vu que feu ta génitrice Yahenin Mariam (le petit nom de ta mère) t’a donné la vie, au prix de mille sacrifices et particulièrement au prix du sacrifice de sa vie. Elle qui a fait face à la maladie parce qu’elle tenait à te porter jusqu’au bout pour te donner la vie : elle a rendu l’âme au lendemain de ta venue au monde. Ainsi, tu n’as point connu ta génitrice. Le faisant, elle t’indiquait la voie de la résistance, du courage, du combat permanent face aux épreuves de la vie. Ce message, tu l’as fort heureusement bien compris que dès les premiers jours de ta naissance, privé de lait maternel, tu n’étais nourri qu’aux fruits sauvages de la forêt. Très vite tu t’adaptas extraordinairement facilement à un régime alimentaire qui n’était pas celui de ton âge. En effet, tu n’attendras pas trop longtemps pour lutter le repas chaud avec tes grands frères. Toutefois, la faim n’a jamais été un motif suffisant de pleurs chez toi. J'ai entendu dire que ceux qui étaient chargés de te surveiller, te pinçaient souvent pour t'arracher des pleurs afin d'attirer l'attention des parents sur toi, lorsque ceux-ci s'éloignaient trop longtemps de vous, mais étrangement tu ne faisais que rire. C’est dire que, l'enfant que tu étais, supportait la douleur, faisait face à la souffrance et répondais déjà au mal par son sourire en guise de pardon et d’amour. 

Charles, je relève tous ces souvenirs pour te dire que toutes les conditions étaient réunies pour que tu échoues mais tu as su te donner les moyens pour tenir, pour réussir à de frayer un modeste chemin dans ce monde d’épreuves. Ce caractère que tu as su développer dès ta tendre enfance t’a permis de poursuivre tes études malgré toutes les incertitudes liées aux difficultés familiales. 

Cher ami et compagnon Charles, je tiens aussi à te dire que comme hier, aujourd’hui encore rien ne doit te détourner de l’essentiel. L’essentiel c’est d’être attentif à la voix du peuple qui ne tolérera pas que tu t’éloignes de la voie de sa liberté. L’essentiel, c’est ta constance et la confiance du peuple dont tu dois être à la hauteur. Le crédit idiosyncrasique du peuple dont tu jouis encore aujourd’hui n’est pas une fin en soi. C’est certes un atout majeur mais il n’en demeure pas moins une denrée périssable que seules ta constance et ta lucidité politique peuvent nourrir et entretenir. Sinon, cet édifice politique que tu es en train de bâtir, même s’il sort de terre, restera inachevé, encore qu’il peut être exposé au risque d’un écroulement malgré sa solide fondation. Le peuple est exigeant, très exigeant. Même ta condition actuelle ne saurait ni être un prétexte ni une circonstance atténuante dans son jugement souverain et rigoureux. 

Oui Charles, la confiance du peuple est difficile à acquérir mais facile à perdre ; il peut te la retirer facilement sans état d’âme, à la moindre erreur, au moindre faux pas. Il faut donc rester digne et être à la hauteur des attentes de tes concitoyens ainsi que de celles des peuples africains qui suivent de plus en plus tes pas, surtout depuis ta brillante prestation du 02 Octobre 2014 devant la cour, lors de ton audience de confirmation des charges alléguées contre toi. A l’image des peuples Burkinabé et Camerounais, saches que la graine que tu as semée porte déjà ses fruits au-delà des frontières ivoiriennes. La philosophie de la "victoire par la résistance aux mains nues" s’étend progressivement à toute l’Afrique. Ce sont là autant d’éléments qui m’amènent à dire que même en prison, ta responsabilité me parait plus grande qu’hier. Tu as donc raison de dire que le nom "Blé Goudé" ne t’appartient plus ! Tu dois en toute circonstance agir en conscience et en conséquence de cette réalité historique.

Quant à nous, nous continuerons de prier Dieu pour qu’il te donne la force de supporter cette autre épreuve qui n'est qu'une étape de la construction de notre victoire commune. 

Charles, tu es certes absent et physiquement loin de nous mais toutes nos pensées convergent vers toi et tu demeures présent et très proche de nos cœurs. 

Amicalement 

Ton ami et compagnon Dr. Patrice SARAKA (Dr. Lékélé) 

15:40 Écrit par Lavane Murphy dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

Les commentaires sont fermés.