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samedi, 11 avril 2015

Le 11 avril 2011 est une date que je ne pourrai jamais oublier

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Commerçant dans la commune de Yopougon et militant du Front populaire ivoirien (FPI), le parti fondé par l’ex-président Laurent Gbagbo, Sinali Bakayoko, 41 ans, était aussi un membre influent de la galaxie patriotique au niveau de son quartier, Yopougon–Wakouboué. À la chute du président Gbagbo, la vie de Sinali a basculé à l’instar de la quasi-totalité des partisans de l’ancien locataire du palais présidentiel d’Abidjan. Voici son témoignage.

Avant la crise postélectorale, j'étais un commerçant heureux qui gagnait bien sa vie. En fait, c’est en 1990 que j'ai adhéré au FPI, parce que je me retrouvais très bien dans son idéologie et dans son chef d’alors, Laurent Gbagbo dont le discours comblait mes attentes et aspirations. J’ai toujours milité au FPI, et, à la faveur de l’élection présidentielle de 2010, je suis devenu orateur au parlement de Wakouboué, dans la commune de Yopougon, pour fédérer le maximum de personnes à la cause de mon candidat, Laurent Gbagbo.

 

Je suis même allé dans mon village, à Mankono [au centre du pays, battre campagne pour lui. Apparemment, dans ma famille, la divergence d’obédience politique n’avait aucun impact négatif sur notre fraternité, dans la mesure où nos débats étaient courtois. Ce n’est qu’en novembre 2010, au début de la crise postélectorale, que je vais me rendre compte que je me trompais lourdement.

 

Unique partisan de Laurent Gbagbo, je suis constamment mis en minorité dans la famille, jusqu'à la date fatidique du 11 avril 2011, jour de l’arrestation de l’ex-président Laurent Gbagbo, où je suis accusé alors de tous les péchés d'Israël. Je suis, entre autres, accusé par ma famille d'avoir fait brûler la mosquée de Yopougon/SIDECI-Lem et d'être l'indicateur des miliciens ! Faits dans lesquels je ne me reconnais guère.

 

Le 11 avril 2011 est une date que je ne pourrai jamais oublier de ma vie. J'ai compris le sens profond du mot solitude et de l’hypocrisie humaine. Je suis renié par ma propre mère, mon frère, sans parler des cousins et cousines. Pour sauver ma vie, j’ai été contraint d’abandonner femme et enfants pour me réfugier à Dabou [à 50 km d'Abidjan, NDLR] où j’ai été accueilli par une de mes clientes de bonne volonté. Ainsi, pendant huit mois, je suis resté terré dans la maison de cette dame qui me nourrissait et faisait tout pour moi.

 

Après Dabou, j'ai changé de lieu de refuge pour me retrouver chez un cousin à Kounahiri [centre-ouest de la Côte d'Ivoire, NDLR]. Là-bas, je me sentais plus en sécurité, car dans cette localité, Gbagbo a battu Ouattara à 81 %. Ce cousin m'aidait du mieux de ses possibilités. Entre temps, il fallait m’occuper de mon fils abandonné par mon frère à Abidjan. Ainsi, chaque fin de mois, j’appelais des amis à Abidjan pour qu'ils lui achètent sa carte de bus afin qu’il puisse aller à l'école. Grâce à Dieu et grâce au soutien de mes amis, aujourd'hui, mon fils est en licence 2 d'Histoire à l'niversité Félix Houphouët Boigny.

 

En 2012, un ami m'appelle et me dit : "Bakayoko, j'ai besoin de toi, je veux qu'on travaille ensemble" et me demande, alors, de revenir à Abidjan. À mon arrivée, quelle ne fut pas ma surprise de voir mon ami m'offrir la gestion de son dépôt de boissons ! Aujourd'hui, ma situation s'est stabilisée même si je n'ai pas encore atteint ma vitesse de croisière, je rends grâce à Dieu, parce que j’ai pu reconstituer ma famille.

 

Après tout ce que j'ai traversé, j'ai espoir en l'avenir et j'ai espoir en la Côte d'Ivoire. Je suis arrivé à pardonner à mes parents. J'ai la ferme conviction que si les autorités en place arrêtent la chasse aux sorcières et la politique de la vengeance, il n'y a pas de raison que la réconciliation en Côte d'Ivoire échoue. Sans la réconciliation véritable, aucun développement n’est possible. Chaque Ivoirien et chaque Ivoirienne doit avoir cela à l’esprit si tant est que nous œuvrons pour le développement de notre beau pays, la Côte d’Ivoire.

 

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10:40 Écrit par Lavane Murphy dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | | | Pin it! | | |  del.icio.us | Digg! Digg

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